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Pourquoi relire son cours ne sert presque à rien

Par Rimbaud Boniface, fondateur de Mindera6 min de lecture

En bref

Relire donne l'impression de savoir. Le texte devient familier, tout paraît clair. Mais reconnaître une phrase, ce n'est pas la retrouver seul devant une copie.

C'est la méthode la plus utilisée, et l'une des moins efficaces pour retenir. Ce qui marche est moins agréable : fermer le cours, et essayer de le redonner.

Dans cet article : pourquoi relire trompe, un essai à faire sur toi-même, ce que disent les études, et quoi faire à la place.

Fais l'essai en deux minutes

L'illusion de savoir

Tu relis ton chapitre de thermo pour la troisième fois. Chaque phrase te dit quelque chose, tu devines la suite avant de la lire. Tu te dis : c'est bon, je le sais.

Ce que tu ressens là, c'est de la familiarité. Ton cerveau reconnaît un texte qu'il a déjà vu, et ça lui demande peu d'effort. Le jour du partiel, on te demande autre chose : retrouver la définition sans le texte sous les yeux. Ce sont deux opérations différentes, et la première ne prépare pas à la seconde.

Koriat et Bjork (2005) appellent ça une illusion de compétence. Tant que la réponse est sous tes yeux pendant que tu travailles, tu surestimes ce que tu sauras retrouver quand elle n'y sera plus. Plus le texte est fluide à lire, plus l'illusion est forte.

Reconnaître

« L'entropie d'un système isolé ne diminue jamais. » Ça te dit quelque chose ?

Retrouver

Que dit le second principe sur l'entropie d'un système isolé ?

À gauche, relire : tu réponds oui à tous les coups. À droite, ce qu'on te demandera en colle.

Et presque tout le monde tombe dedans. Quand Karpicke et ses collègues (2009) demandent à des étudiants comment ils révisent, la réponse qui revient le plus est : je relis mes notes ou le manuel. Très peu citent le fait de se tester.

Fais l'essai : lis, cache, restitue

Deux minutes, et tu sauras de quoi on parle. Lis ce passage comme tu lirais ton cours, puis dis combien d'idées tu penses pouvoir redonner.

Le second principe introduit une nouvelle fonction d'état, l'entropie, notée S. Pour un système isolé, l'entropie ne peut qu'augmenter ou rester constante : elle ne diminue jamais. Elle reste constante seulement si la transformation est réversible. Quand un système reçoit une chaleur Q d'une source à la température T, l'entropie échangée vaut Q/T. L'entropie créée, elle, est toujours positive ou nulle : c'est elle qui mesure l'irréversibilité.

Ce passage contient cinq idées. Combien penses-tu pouvoir en redonner, sans le relire ?

L'écart entre ta prévision et ton résultat, c'est exactement ce que la relecture ne te montre jamais. Elle ne te dit pas ce que tu sais. Elle te dit ce qui t'est familier.

Ce que dit la recherche

L'expérience la plus connue est celle de Roediger et Karpicke (2006) : des étudiants qui relisent un texte, d'autres qui essaient de s'en souvenir. Juste après, les relecteurs font un peu mieux. Une semaine plus tard, ils ont nettement moins retenu. On la détaille dans l'article sur les flashcards.

On pourrait croire que c'est une affaire de laboratoire, avec des textes courts. Callender et McDaniel (2009) ont refait le test avec de vrais chapitres de manuel et des évaluations comme en cours : QCM, questions courtes, résumés. Relire le chapitre une seconde fois, juste après la première, n'améliore presque jamais les résultats.

Relire n'est pas inutile parce que c'est facile. C'est inutile parce que ça ne te demande jamais de retrouver.

Quand relire reste utile

Relire a deux vrais usages, et aucun n'est de mémoriser.

  1. Pour comprendre, la première fois. Tu ne peux pas te tester sur un cours que tu n'as pas compris. Une lecture attentive, crayon en main, reste le point de départ.

  2. Pour réparer, après un test raté. Tu bloques sur une question : tu retournes au passage, tu le relis, et là il te sert. Tu sais quoi chercher, donc tu lis vraiment.

La différence tient à l'ordre. Relire puis espérer, ça ne marche pas. Se tester puis relire ce qui a raté, si.

Quoi faire à la place

Trois façons de se tester, de la plus simple à la plus complète. Elles ont un point commun : le cours est fermé.

  1. La feuille blanche. Ferme le cours, prends une feuille, et écris tout ce que tu sais du chapitre : définitions, formules, enchaînement des idées. Rouvre le cours et compare. Ce qui manque est ta liste de révision. C'est ce que tu viens de faire plus haut.

  2. Les flashcards. Une question par carte, la réponse cachée. C'est la feuille blanche découpée en petits morceaux, que tu peux refaire dix minutes par jour. La méthode est dans Comment faire des flashcards efficaces.

  3. Les exercices, sans la correction. Refaire un TD en suivant le corrigé des yeux, c'est relire. Cache le corrigé, cherche vraiment, et ne le regarde qu'une fois bloqué ou arrivé au bout.

Dans les trois cas, reviens-y quelques jours plus tard plutôt que le soir même : c'est le sujet de la répétition espacée.

Dans Mindera, ton cours devient des cartes qui te posent la question et cachent la réponse. Si tu rates, la carte te montre la phrase exacte de ton cours : tu relis ce qu'il faut, au moment où ça sert.

Les questions qu'on se pose

Relire son cours, ça ne sert vraiment à rien ?
Si : à comprendre. La première lecture est indispensable, et revenir sur un passage que tu viens de rater à un test est très utile. Ce qui ne marche pas, c'est de relire pour retenir : le texte devient familier sans que tu saches le retrouver seul.
Et surligner, ou faire des fiches ?
Surligner a le même défaut que relire : tu reconnais, tu ne retrouves pas. Une fiche vaut par ce que tu en fais ensuite. Recopiée puis relue, elle ne change rien ; cachée puis récitée, elle devient un test.
Je me teste et je rate presque tout. C'est normal ?
Oui, et c'est une bonne nouvelle : tu viens de voir ce que la relecture te cachait. Retourne au passage raté, comprends-le, puis reteste-toi le lendemain. C'est l'écart entre les deux essais qui te dit que ça rentre.

Mindera te pose les questions

Tu déposes ton cours, il en fait des cartes, et chaque jour il te demande ce que tu allais oublier. Tu ne relis plus : tu réponds.

Pour aller plus loin

  • Comment faire des flashcards efficaces ?

    Une idée par carte, des questions plutôt que des titres, des révisions espacées : la méthode pour des flashcards qui font vraiment retenir, avec des exemples de sciences.

  • La répétition espacée, comment ça marche ?

    On oublie vite, puis de moins en moins vite : la répétition espacée fait revenir chaque notion juste avant que tu l'oublies. Comment ça marche, et comment t'en servir pour un partiel.

  • Faut-il faire des fiches de révision ?

    Une fiche recopiée ne fait rien retenir, une fiche écrite cours fermé et relue cachée, si. Ce que disent les études, trois fiches du même cours à comparer, et la méthode pour en faire une bonne.

  • La méthode Feynman : expliquer pour comprendre

    Tu crois avoir compris jusqu'au moment où tu dois l'expliquer. La méthode Feynman en quatre temps, ce que la recherche en confirme, et un essai à faire sur une notion de ton cours.

  • Comment apprendre ses démonstrations

    Une démonstration ne s'apprend pas par cœur : elle se retient par son idée clé et l'ordre de ses étapes. La méthode en trois temps, un exemple à dérouler, et les cartes à en tirer.

Sources

  1. Koriat, A. et Bjork, R. A. (2005). Illusions of competence in monitoring one's knowledge during study. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 31(2), 187-194. Lire la source https://doi.org/10.1037/0278-7393.31.2.187
  2. Karpicke, J. D., Butler, A. C. et Roediger, H. L. (2009). Metacognitive strategies in student learning: Do students practise retrieval when they study on their own?. Memory, 17(4), 471-479. Lire la source https://doi.org/10.1080/09658210802647009
  3. Roediger, H. L. et Karpicke, J. D. (2006). Test-enhanced learning: Taking memory tests improves long-term retention. Psychological Science, 17(3), 249-255. Lire la source https://doi.org/10.1111/j.1467-9280.2006.01693.x
  4. Callender, A. A. et McDaniel, M. A. (2009). The limited benefits of rereading educational texts. Contemporary Educational Psychology, 34(1), 30-41. Lire la source https://doi.org/10.1016/j.cedpsych.2008.07.001
  5. Dunlosky, J., Rawson, K. A., Marsh, E. J., Nathan, M. J. et Willingham, D. T. (2013). Improving students' learning with effective learning techniques: Promising directions from cognitive and educational psychology. Psychological Science in the Public Interest, 14(1), 4-58. Lire la source https://doi.org/10.1177/1529100612453266