Comment rattraper son retard dans ses cours ?
Par Rimbaud Boniface, fondateur de Mindera7 min de lecture
En bref
Un retard ne se rattrape pas en reprenant tout depuis la page 1. Il se rattrape en choisissant : ce que tu vois à fond, ce dont tu ne gardes que l'essentiel, et ce que tu survoles.
Suis d'abord les cours en cours, pour que le retard arrête de grossir. Puis trie tes chapitres, pars des exercices plutôt que du poly, et étale le travail sur plusieurs jours.
Dans cet article : les cinq étapes, ce que la recherche dit de chacune, et un outil pour répartir tes heures.
D'abord, ne plus creuser
Trois semaines de cours non repris, un TD rendu à moitié, et le prof qui avance. Le réflexe est de tout arrêter pour reprendre depuis le début. Pendant que tu rattrapes le chapitre 2, les chapitres 6 et 7 passent, et dans quinze jours tu as toujours trois semaines de retard.
Disons-le tout de suite : aucune étude ne mesure « la meilleure façon de rattraper un retard ». Cette première règle relève du bon sens. Les suivantes s'appuient chacune sur un résultat de recherche, qu'on cite à mesure.
La règle : le cours de cette semaine passe avant le retard. Va en cours, même si tu ne suis pas tout. Le soir, passe vingt minutes sur ce que tu viens de voir avant de toucher à l'ancien. Tu rattrapes avec le temps qui reste, pas avec celui du cours d'aujourd'hui.
Un retard qui ne grossit plus est déjà à moitié rattrapé.
Trier : trois niveaux
Quand Kornell et Bjork (2007) demandent à des étudiants comment ils choisissent ce qu'ils travaillent, la réponse la plus fréquente, de loin, est : ce qui est à rendre le plus tôt. À peine un sur dix suit un plan fait à l'avance. En retard, c'est pire : on travaille ce qui fait le plus peur, ou ce qui est en haut de la pile.
Tu n'as pas le temps de tout voir de la même façon. Pose deux questions à chaque chapitre : est-ce que ça tombe à l'examen ? Est-ce que la suite du cours s'appuie dessus ? Les réponses le rangent dans un de ces trois niveaux.
- À fond
- Les exercices du TD, cours fermé. Puis des cartes sur ce que tu as raté.
- Ça tombe sûrement, ou la suite en dépend et ça peut tomber.
- L'essentiel
- Les définitions, les résultats, et un exercice type refait seul.
- Ça peut tomber, ou la suite en dépend.
- En survol
- Le plan et les formules. Assez pour reconnaître le sujet s'il tombe.
- Peu de chances que ça tombe, et rien ne s'appuie dessus.
Pour savoir ce qui tombe, ne devine pas : regarde les annales, la liste des TD, et ce que le prof a répété en amphi. Un camarade qui a suivi te le dira en deux minutes.
Répartis tes heures
Remplace l'exemple par tes chapitres. L'outil les range et partage ton temps, dans l'ordre où les travailler.
Compte ce qui reste une fois tes cours suivis, et retire un quart : on prévoit toujours trop juste.
Second principe6 h
À fondLes exercices du TD, cours fermé. Puis des cartes sur ce que tu as raté.
Machines thermiques4 h
L'essentielLes définitions, les résultats, et un exercice type refait seul.
Changements d'état2 h
En survolLe plan et les formules. Assez pour reconnaître le sujet s'il tombe.
Ça tient. Commence par « Second principe », 6 h, et ne touche pas au suivant avant d'avoir fini.
12 h réparties. Trois parts pour « à fond », deux pour « l'essentiel », une pour un survol : un point de départ, pas une mesure. Rien n'est envoyé.
Pour le nombre d'heures, méfie-toi de toi. Buehler, Griffin et Ross (1994) ont demandé à des étudiants de prédire quand ils finiraient un gros travail. La plupart ont fini bien plus tard que prévu, parce qu'on imagine le scénario où tout se passe bien au lieu de regarder le temps que ça a vraiment pris la dernière fois. Pars donc du temps que t'a demandé ton dernier chapitre, pas de celui que tu espères.
Par où commencer : les exercices, pas la page 1
Pour un chapitre à voir à fond, l'ordre habituel est : lire le cours en entier, puis faire les exercices s'il reste du temps. Il n'en reste jamais. Fais l'inverse.
Ouvre le TD ou une annale d'abord. Lis le premier exercice et essaie, même sans avoir lu le cours. Tu vas bloquer, et c'est prévu.
Va chercher dans le cours ce qui te manque. Tu ne lis plus trente pages, tu cherches une définition ou un théorème précis.
Reviens à l'exercice et finis-le. Puis passe au suivant. Ce que les exercices n'ont jamais demandé, lis-le en diagonale à la fin.
Essayer avant de savoir n'est pas du temps perdu. Richland, Kornell et Kao (2009) ont fait répondre des étudiants à des questions sur un texte avant de le leur faire lire. Même sur les questions où ils s'étaient trompés, ils ont ensuite mieux retenu que ceux qui avaient eu plus de temps pour étudier le texte. Avoir cherché la réponse rend attentif au moment où elle arrive.
Dans Mindera, tu déposes le poly du cours manqué : il en fait une note qui garde l'essentiel, et des cartes qui citent chacune la phrase du cours dont elles sortent. Tu rattrapes en répondant, pas en recopiant.
Étaler, pas empiler
La tentation est de tout régler en un week-end : douze heures samedi, douze heures dimanche. Lundi tu as l'impression d'être à jour, et jeudi il n'en reste presque rien.
Cepeda et ses collègues (2006) ont passé en revue plusieurs centaines d'expériences qui comparent les deux façons de faire. À temps de travail égal, répartir sur plusieurs séances fait mieux retenir que tout faire d'un bloc. Deux heures par jour pendant six jours valent mieux que douze heures d'affilée.
En pratique : un chapitre en retard par jour au plus, et dix minutes le lendemain pour te tester sur celui de la veille avant d'attaquer le suivant. C'est le principe de la répétition espacée, appliqué à l'urgence.
Ce qu'il faut lâcher
Rattraper, c'est aussi renoncer à trois choses.
Les cours recopiés au propre. Recopier les notes d'un camarade prend des heures et ne fait presque rien retenir. Lis-les, puis ferme-les.
La lecture intégrale. Relire donne l'impression de savoir, et tu n'as pas le temps pour une impression.
L'idée de tout savoir. Un chapitre survolé est un choix, pas un échec. Tu l'as décidé en regardant ce qui tombe, ce qui vaut mieux que de le découvrir la veille.
Et si le retard vient de ce que tu repousses le moment de t'y mettre, commence par là : le meilleur tri ne sert à rien si la première séance n'a pas lieu.
Les questions qu'on se pose
- Je dois sécher des cours pour rattraper ?
- Non, sauf cas extrême. Un cours manqué pour rattraper l'ancien crée un nouveau retard, et tu perds ce que le prof dit de l'examen. Va en cours même si tu ne suis pas tout : note ce que tu ne comprends pas, ce sera ta liste de travail.
- J'ai tout un semestre de retard et l'examen est dans dix jours. C'est jouable ?
- Pas pour tout savoir, mais souvent pour avoir la moyenne. Pars des annales : elles te disent ce qui tombe vraiment. Travaille ces exercices-là, le cours ouvert à côté pour répondre, et laisse le reste. Dix jours bien triés valent mieux qu'un mois à tout relire.
- Je récupère les notes de quelqu'un : je les recopie ?
- Non. Recopier prend des heures et ne fait presque rien retenir. Lis-les une fois pour comprendre, puis ferme-les et fais les exercices. Si tu veux une trace à toi, écris de mémoire ce que tu as retenu, puis corrige.
- Et si je ne comprends rien au cours d'aujourd'hui parce qu'il s'appuie sur ce que j'ai raté ?
- C'est le signe que le chapitre manqué est un socle : il passe en premier, avant tout le reste de ta liste. Vois-en l'essentiel ce soir, définitions et résultats principaux, pour pouvoir suivre demain. Tu y reviendras à fond ensuite.
Dépose le cours manqué, révise ce soir
Mindera lit ton poly, en fait une note et des cartes, et te dit avant chaque examen où tu en es. Tu passes ton temps sur ce qui tombe.
Pour aller plus loin
Comment arrêter de procrastiner ses révisions ?
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On oublie vite, puis de moins en moins vite : la répétition espacée fait revenir chaque notion juste avant que tu l'oublies. Comment ça marche, et comment t'en servir pour un partiel.
Sources
- Kornell, N. et Bjork, R. A. (2007). The promise and perils of self-regulated study. Psychonomic Bulletin & Review, 14(2), 219-224. Lire la source https://doi.org/10.3758/BF03194055
- Buehler, R., Griffin, D. et Ross, M. (1994). Exploring the "planning fallacy": Why people underestimate their task completion times. Journal of Personality and Social Psychology, 67(3), 366-381. Lire la source https://doi.org/10.1037/0022-3514.67.3.366
- Richland, L. E., Kornell, N. et Kao, L. S. (2009). The pretesting effect: Do unsuccessful retrieval attempts enhance learning?. Journal of Experimental Psychology: Applied, 15(3), 243-257. Lire la source https://doi.org/10.1037/a0016496
- Cepeda, N. J., Pashler, H., Vul, E., Wixted, J. T. et Rohrer, D. (2006). Distributed practice in verbal recall tasks: A review and quantitative synthesis. Psychological Bulletin, 132(3), 354-380. Lire la source https://doi.org/10.1037/0033-2909.132.3.354