Comment arrêter de procrastiner ses révisions ?
Par Rimbaud Boniface, fondateur de Mindera7 min de lecture
En bref
Tu ne repousses pas parce que tu es paresseux. Tu repousses parce que la tâche est désagréable, et que l'éviter te soulage tout de suite.
Attendre la motivation ne marche donc pas. Ce qui marche : décider à l'avance du moment et du premier geste, sous la forme « si telle situation arrive, alors je fais telle chose ».
Dans cet article : pourquoi on repousse, ce que ça coûte, la technique la mieux étayée, et un plan à écrire ici pour ce soir.
Pourquoi on procrastine (ce n'est pas de la paresse)
Il est 20 h, tu dois commencer le chapitre d'électromagnétisme. Tu ranges ton bureau, tu réponds à deux messages, tu regardes une vidéo « juste avant de t'y mettre ». Tu n'as pas rien fait : tu as fait tout le reste.
Pour Sirois et Pychyl (2013), procrastiner n'est pas un problème de gestion du temps. C'est une façon de gérer son humeur : la tâche fait naître quelque chose de désagréable (l'ennui, la peur de ne pas comprendre), et la remettre à plus tard fait disparaître ce malaise sur-le-champ. Le soulagement est immédiat, la facture arrive plus tard, et c'est toi dans dix jours qui la paies.
En rassemblant les études publiées sur le sujet, Steel (2007) trouve ce qui pousse le plus à repousser : une tâche pénible, une échéance encore loin, peu de confiance dans sa capacité à réussir, et un tempérament impulsif. Les trois premières se travaillent : on peut rendre le début moins pénible, rapprocher l'échéance, et reprendre confiance en commençant petit.
Ce que ça coûte vraiment
Tice et Baumeister (1997) ont suivi des étudiants pendant tout un semestre. Au début, ceux qui repoussent vont mieux que les autres : moins de stress, moins de petits ennuis de santé. C'est normal, ils ne travaillent pas encore.
À la fin du semestre, tout s'inverse. Ils sont plus stressés, plus souvent malades, et leurs notes sont moins bonnes. Sur le semestre entier, ils ont eu plus de stress, pas moins.
Repousser ne supprime pas le moment pénible. Ça le déplace à un moment où tu auras moins de temps pour le traverser.
Le plan « si... alors... »
« Cette semaine, je me mets à la thermo » est une intention. Elle ne dit ni quand, ni où, ni par quoi commencer. Le moment venu, tu dois encore tout décider, et c'est là que tu repousses.
Gollwitzer (1999) propose d'ajouter à l'intention un plan d'une seule phrase : « Si la situation X se présente, alors je fais Y. » La décision est prise d'avance. Quand X arrive, tu n'as plus à te demander si tu en as envie : tu fais Y.
Une intention
« Ce soir, je révise la thermo. »
Un plan
« Si j'ai fini de dîner, alors j'ouvre le TD 2 et je fais la question 1. »
À gauche, il te reste à choisir l'heure, le chapitre et le premier geste. À droite, il ne reste qu'à ouvrir le TD.
Un bon plan tient à deux choses.
Le « si » arrive tout seul. Une heure, ou un geste que tu fais de toute façon : rentrer de cours, finir de dîner, poser ton sac à la BU. « Quand j'aurai le temps » n'arrive jamais.
Le « alors » se commence sans réfléchir. Pas « réviser » : un exercice, une page, dix cartes. Si tu dois encore choisir quoi ouvrir, le plan n'est pas fini.
Écris le tien
Une minute. Pense à ce que tu repousses en ce moment, et écris le plan de ta prochaine séance.
Remplis les deux moitiés : ton plan s'écrit ici. Rien n'est envoyé.
Un plan par séance suffit. Le but n'est pas de planifier ta semaine, c'est de ne plus avoir à décider au moment où tu es fatigué.
Comment s'y mettre : rendre le début minuscule
Ce qui suit ne vient pas d'une étude en particulier, mais découle de ce qui précède : si on repousse ce qui est pénible, il faut que le début ne le soit pas.
Découpe jusqu'à ce que ça tienne en cinq minutes. « Réviser l'électromag » fait peur. « Relire l'énoncé de l'exercice 3 et écrire les données » ne fait peur à personne.
Autorise-toi à arrêter après. Cinq minutes, puis tu as le droit de fermer. La plupart du temps tu continues, parce que le plus dur était d'ouvrir le cahier.
Prépare la veille. Le TD ouvert à la bonne page, le téléphone dans une autre pièce. Chaque geste en moins entre toi et le début est une occasion en moins de repousser.
Arrête-toi au milieu d'un exercice. Tu sauras par où reprendre demain, et reprendre est plus facile que commencer.
Dans Mindera, « J'ai 5 min » ouvre une séance de cartes qui s'arrête toute seule au bout de cinq minutes, en commençant par ce qui tombe à ton prochain examen. Et Ma semaine met tes cours face à ce que tu as à rendre, pour voir ce qui tient.
Après un raté
Tu avais un plan, et tu as quand même passé la soirée sur ton téléphone. Le réflexe est de t'en vouloir. C'est une mauvaise idée, et pas seulement pour ton moral.
Wohl, Pychyl et Bennett (2010) ont interrogé des étudiants qui avaient procrastiné avant leur premier partiel. Ceux qui se l'étaient pardonné ont moins procrastiné pour le partiel suivant. Ceux qui s'en voulaient le plus, non.
Ça se comprend : si le cours te rappelle que tu es « nul » et « en retard », il devient encore plus désagréable à ouvrir, et tu l'évites encore plus. Constate, corrige ton plan, recommence demain. Si tu as déjà pris du retard, voici comment le rattraper.
Les questions qu'on se pose
- Je travaille mieux sous pression. C'est vrai ?
- Tu travailles plus vite, pas mieux. La veille, tu n'as plus le temps de te tester, de laisser reposer ni de poser une question au prof. Dans l'étude de Tice et Baumeister, les étudiants qui repoussent ont de moins bonnes notes et finissent le semestre plus stressés que les autres.
- Et si je n'ai aucune motivation ?
- N'attends pas qu'elle vienne. Elle arrive souvent après le début, pas avant. C'est pour ça qu'un plan utile nomme un premier geste de cinq minutes : assez petit pour le faire sans en avoir envie.
- Mon plan a raté dès le premier jour. Je fais quoi ?
- Tu le corriges, tu ne le jettes pas. Regarde ce qui a coincé : le moment n'arrivait pas tout seul, ou le geste était trop gros. Change l'un des deux et recommence demain. Un plan raté une fois n'est pas un plan qui ne marche pas.
- Faut-il couper son téléphone ?
- L'éloigner aide, parce que tu supprimes la tentation au lieu d'y résister. Mets-le dans une autre pièce le temps de ton premier geste. Tu peux aussi en faire un plan : si je prends mon téléphone pendant l'exercice, alors je le pose dans le couloir.
Cinq minutes, et la séance est prête
Tu ouvres Mindera, les cartes du jour sont déjà choisies : tu n'as rien à décider, seulement à répondre. C'est le premier geste le plus petit qu'on ait trouvé.
Pour aller plus loin
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Pourquoi relire son cours ne sert presque à rien
Relire donne l'impression de savoir, mais reconnaître un texte n'est pas le retrouver seul. Ce que montrent les études, un essai à faire en deux minutes, et quoi faire à la place.
Sources
- Steel, P. (2007). The nature of procrastination: A meta-analytic and theoretical review of quintessential self-regulatory failure. Psychological Bulletin, 133(1), 65-94. Lire la source https://doi.org/10.1037/0033-2909.133.1.65
- Sirois, F. et Pychyl, T. (2013). Procrastination and the priority of short-term mood regulation: Consequences for future self. Social and Personality Psychology Compass, 7(2), 115-127. Lire la source https://doi.org/10.1111/spc3.12011
- Tice, D. M. et Baumeister, R. F. (1997). Longitudinal study of procrastination, performance, stress, and health: The costs and benefits of dawdling. Psychological Science, 8(6), 454-458. Lire la source https://doi.org/10.1111/j.1467-9280.1997.tb00460.x
- Gollwitzer, P. M. (1999). Implementation intentions: Strong effects of simple plans. American Psychologist, 54(7), 493-503. Lire la source https://doi.org/10.1037/0003-066X.54.7.493
- Gollwitzer, P. M. et Sheeran, P. (2006). Implementation intentions and goal achievement: A meta-analysis of effects and processes. Advances in Experimental Social Psychology, 38, 69-119. Lire la source https://doi.org/10.1016/S0065-2601(06)38002-1
- Wohl, M. J. A., Pychyl, T. A. et Bennett, S. H. (2010). I forgive myself, now I can study: How self-forgiveness for procrastinating can reduce future procrastination. Personality and Individual Differences, 48(7), 803-808. Lire la source https://doi.org/10.1016/j.paid.2010.01.029